Y a des fois on a pas envie de rigoler !

Et là je sors d'une lecture qui m'a foutu le melon en vrac façon gastronomie barbare !

Je suis le genre de vieux con qui intellectualise tout et n'importe quoi , je vous jure je suis capable de trouver des messages sous-jacent aux Télétubbies rien que sur la couleur des machins. Et ben la j'ai pas eu a forcer pour trouver un message brute,violent et sans filtre. J'en ai chialé comme douze veaux , de rage, de révolte, de tristesse et finalement d'espoir.

Ce bouquin c'est Strange Fruit de Mark Waid et J.G Jones et j'ai désormais un nouveau chef d’œuvre dans ma comicothèque !

 

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Nous sommes en 1927 dans la petite ville de Chatterlee dans le bel état du Mississippi et cet heureuse bourgade peuplée de brave gens est confrontée à la catastrophe naturelle qui marqua cette année : une crue massive et destructrice ! Et comment vont réagir ces bons américains du terroir affiliés pour certains au Klu Klux Klan : envoyer les noirs contraints et forcés pour renforcer les digues. C'est dans cette ambiance pleine de tension que va survenir un événement incroyable : un vaisseau spatial va s'écraser dans la digue. Celui-ci il transporte un passager doté d'une force surhumaine... Et il est noir ! Comment va réagir cette communauté divisée ? Que vient leur apporter ce colosse qui ne parle pas ?

Alors soyons clair tout de suite , ce n'est pas un Red Son chez les red neck , c'est bien plus que ça ! Ici la volonté de l'auteur est clairement de nous foutre la tronche dans le caca de l'inhumanité dans ce qu'elle a de plus traditionnelle , de plus ancrée. Beaucoup d'entre nous partons du principe que le racisme est une forme abjecte de haine cultivée sur la défiance de l'autre et bien Strange Fruit présente un visage au moins aussi épouvantable , celui du racisme culturel, institutionnel. Ce n'est même pas à proprement parler de la haine mais une certitude acceptée que l'autre est inférieur, presque un animal. De l'inhumanisme dans sa plus horrible expression.

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Voyez vous je suis un homme blanc dans un pays d'homme blanc et je n'ai certainement jamais pu prendre la mesure de la souffrance que peuvent ressentir ceux que l'on considère comme inférieur, moins qu'humain. Oh bien sur, j'éprouve un dégoût profond pour la ségrégation et les haines raciales mais c'était le sentiment d'injustice qui me révoltait et j'étais loin d'être intimement concerné , je veux dire en tant qu'individu.

Mark Waid a réussit à me placer devant l'ignominie du racisme culturel comme l'avait déjà fait il y a quelques années le film de Parker Mississippi Burning. L'auteur parvient a ce tour de force d'aborder ce sujet sans concession aucune mais sans tomber dans des clichés manichéens qui pourrait lui donner un coté moralisateur qui en ternirait le sens. C'est un récit profond et aussi sombre que peut l'être l'âme des hommes.

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Quant à l'aspect graphique, nous sommes dans le photo réalisme à la Alex Ross et dans cet exercice J.G Jones est simplement parfait. Il est capable de marquer le visage de ses personnages d'émotions presque palpable au point que les mots et les paroles ne sont qu'un complément, un enrichissement de l'histoire. Les tons sont pastels tirant souvent sur des tonalités brunes ou très blanches ce qui augmente encore la symbolique d'opposition entre noirs et blancs et de surcroît en parfaite représentation des images sépias qui nous reste de cette époque.

En plus de cela ,Delcourt à l'excellente idée de nous sortir un livre initialement paru chez Boom! Studio, doté d'une vingtaine de pages de cover absolument sublime ce qui ne gâche en rien notre plaisir.Alors voilà, on referme le livre sans l'avoir lâché des yeux une seconde, avide de savoir ce que nous réserve la page suivante, remué par ce récit.

On en sort pas indemne et comme le chantait si bien Billie Holiday dans la chanson qui a inspiré le titre du comics : «  Here is a strange and bitter crop » (C'est une récolte étrange et amère) .

Mais finalement , pour ma part c'est de l'espoir qu'il me reste car je me suis rendu compte que l'humanité évolue en bien. Désormais de l'avis général, considérer que l'autre est un être inférieur est monstrueux et immoral , Strange Fruit nous rappelle que ce ne fut pas toujours le cas et que nous devons tout faire pour ce ne soit plus jamais possible.

Ce que j'attends d'un livre est qu'il me donne des émotions, qu'il me transporte. Mais il arrive quelques fois , quelques fois seulement , que l’œuvre me frappe au cœur et à l'âme.