Je me souviens encore de mon premier gadin balancé avec mon grand-père sur l’étang Godard. Lui ça rebondissait en faisant des ronds impeccables alors que moi mes pavetons allaient saluer les carpes. On se regardait, et on se poilait à s’en décrocher les mandibules.
Je me souviens encore de la petite Christine Mériaux et de ses chandails marron d'un vert dégueulasse. Je me souviens qu'après qu’elle m’ait tartiné la pomme avec du jus de carambar en me faisant ce qui serait le premier bisou que j’ai reçu d’une fille, j’ai plus voulu me laver la truffe pendant une semaine !

Depuis… depuis mon grand-père est mort et Christine ne doit plus porter de col roulé caca d’oie, ça s'appelle le temps qui passe , mais je vous jure que je n’ai qu’à fermer les yeux pour sentir l’odeur de vase de l’étang et entendre le rire de mon vieux ou sentir ma joue toute collante !

 

Ya des trucs qu’on n’oublie pas et jamais je ne pourrai oublier America Jara !

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Son histoire est une histoire de révolte, de liberté et d’amour, son histoire est une tragédie ! Mais rien de tout cela n’existe vraiment dans Méga-City one !

Dans la crasse et la folie de la cité , America naît sous les yeux du petit Bennett et ils vont grandir ensemble. Oh bien sûr ils sont très différents : elle est forte, indomptable et rebelle alors que lui est faible, peureux et sans conviction et pour ça Bennett l'aime , il l'aime autant qu'il se déteste.

Le temps qui passe fait son œuvre , et chacun suivra son chemin : elle se tournera vers l'activisme politique et lui deviendra un chansonnier reconnu mais jamais il n'oubliera America Jara , qui le pourrait ? Il l'a croyais perdue jusqu'à ce soir ou elle revint dans sa vie mais à ce moment-là elle avait le sang de quatre judges sur les mains.

 

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Je vais être clair tout de suite : pour moi c'est un des meilleurs récits que je n'ai jamais lus tous supports confondus ! Tout commence en 1991 dans les pages d'un Judge Dredd megazine que je feuillette dans une librairie londonienne. A l'époque je connais déjà bien le monde de Dredd mais rien ne m'avait préparé à la claque monumentale que j'allais prendre.

John Wagner , un des papas du judge, nous livre une histoire bouleversante qui, dans cet univers particulièrement inhumain, est d'un profond humanisme. Dire que ce livre est une ode à la sédition et à la révolte contre un pouvoir fasciste est un euphémisme mais il n'est pas que cela. Ici , il n'y a pas de héros, non juste un homme et une femme prit dans le tourbillon de cette société épouvantable faites pour broyer de l'humain. Ce qui en fait d'ailleurs la force c'est précisément que tout est vu par les yeux de Bennett et l'on ressent à plein sa peur et l'oppression d'un régime policier autant que l'on perçoit sa tristesse face à cet amour inaccessible. Ce personnage est un pleutre pathétique et donc incroyablement humain.

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Au niveau graphique, les planches peintes par Colin MacNeil offrent un contraste étonnant par leur tonalité pastelle avec la violence qu'elles dépeignent mais le trait très British nous ramène à la folie de Méga-City one. L'ensemble est une réussite totale !

L'écrin que nous proposent les éditions Délirium est carrément à l'image de ce récit exceptionnel car en plus du récit America, vous trouverez dans ces pages les arcs Terror et Méga-city confidential qui mettent en scène le combat des « démocrates » de l'organisation guerre totale. Quant à la qualité du produit en lui même , comme à son habitude Délirium rend un travail d'orfèvre ! La couverture est simplement superbe et chaque page tournée est une caresse sous les doigts. On sent la patte d'un vrai fan de cet univers !

De tous les comics que j'ai lus au cours de mes 40 années de geekeries ce « Judge Dredd Démocratie » a une place particulière aussi bien dans ma bibliothèque que dans mon cœur ou même dans ma conscience politique.

Une des plus belles et plus tragique histoire qui m'a été donnée de lire.

Jamais je n'oublierai America !

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